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L'histoire de Tanger

© Abdellatif Bouziane - 18/10/2006 - TANGEREXPRESS.COM
Traduit au Français par Dounia Benamar/Octobre 2007


LA PLAGE DE TANGER

Conference de Paris 1909 / Statut de Tanger

Tanger Berbère

Tanja en langue berbère signifie humidité, ce qui nous amène à constater l'existence des "amazighs", antérieur à l'arrivée des phéniciens."Amazigh" est le nom avec lequel on désignait les premiers habitants du Maghreb, néanmoins, le terme berbère n'est qu'un dérivé du mot barbare que les grecs utilisés pour désigner les non hélinois.

Tanger, le mythe

Tanger n'est pas qu'une seule référence géographique et historique, son origine va au-delà . Elle s'imprègne aussi de la légende et de la réalité.

Les récits berbères racontent qu'elle fut construite par Sufax, fils de Tingis, l'épouse du héros berbère Antéo (Atlas). Selon les légendes grecs, qui sont assez nombreuses, elles attribuent la conquête de Tanger, d'après la mythologie plutonienne, au géant Antéo , fils de Poseidón (dieu de la mer) et de Géa (déesse de la terre) dont la tombe se situerait aux environs de la colline du Charf de Tanger. Son territoire qui va de Ceuta à Lixus (Larache), il l'appela Tinga en honneur à sa mère. On raconte que sur ces terres étaient les jardins des héspérides ou fleurissaient des arbres dont les fruits étaient en or. Cet inestimable trésor était gardé par Landon , le dragon aux sept têtes, et par les trois nymphes: Egle (la resplendissante), Erita (la rouge) et Hespéraretuse ( la arétuse du soleil couchant). Cependant, le plus populaire des demi-dieu de la Grèce antique, Héraclès (Hercules pour les romains), réussit à s'emparer des pommes en or tant convoitées, en envoyant le dieu Atlas (la chaîne montagneuse marocaine porte son nom) à sa place pour lutter contre Landon. Lorsque Héraclès arriva sur les domaines de Antéo, ils s'affrontèrent à mort. Il y eut une lutte titanesque. Chaque fois qu’Antéo touchait terre, c'est à dire Géa, sa mère récupérait toute sa force. Finalement, Héraclès arriva à ses fin en tuant Antéo par strangulation lorsqu'il le souleva en l'air. Lors de la bataille, Héraclès, d'un coup de sabre, ouvrit le Detroit de Gibraltar en deux colonnes, symbolisant ainsi, les limites de notre vieux monde. Héraclès prit comme épouse la veuve d’Antéo. Cette dernière lui donna un fils, Sufax, qui en honneur à sa mère désigna la ville comme Tingis. Le fils de Sufax engendra Diodo Ros, et c'est avec lui que commença la dynastie mauritanienne.

A la base de cette mythologie si émouvante, la construction de la grotte d' Hércule fut attribuée à Héraclès et elle représente à l'heure actuelle, une des attractions touristiques les plus visitée de Tanger.

Tous les récits mythiques et historiques des auteurs de la Grèce ancienne font l'éloge et parlent de son charme et de sa grandeur, ainsi que de la beauté de son peuple, les habitants primitifs de Tingis.

Tanger phénicienne

Selon les écrits, les premiers envahisseurs de Tanger furent les phéniciens, aux environs de 1450 av. J.C. Ils étaient originaires de la frange côtière syro-libanaise, connue sous le nom de Canaan. Une des raisons pour laquelle ils entreprirent leur expansion pour s'enrichir fut leur esprit commerçant et nomade. Leur vie était consacrée à l'exploitation maritime et ils ne prêtaient aucun intérêt à la conquête des tribus primitives berbères, ainsi qu'à la colonisation des régions agricoles du territoire conquis.

Ils s'établirent par la force tout le long des côtes méditerranéennes. Tanger était la plus florissante métropole phénicienne. De cette ville, il ne reste que deux nécropoles phéniciennes, l'une sur la colline du Marshan et l'autre dans la kasbah.

Tanger cartaginoise

Vers 450-475 av. J.C. Tanger fut appelée Tangis par les carthaginois qui remplacèrent les phéniciens au nord de l'Afrique. Tanger connut aussi d'autres noms d'après un certain nombre de récits grecs et romains historiquement classés comme Tenga, Tinga ou Titga.

Les carthaginois étaient un peuple civilisé et ils firent prospérer Tanger en tant que ville côtière; ils améliorèrent les techniques de salaison pour la conservation du poisson. Ils développèrent l'agriculture, importèrent le blé et probablement la vigne. Ils faisaient le commerce de métaux précieux, d'objets de luxe, de parfums. Ils firent du commerce leur grande activité, en échangeant les produits autochtones. Ils exercèrent une grande influence culturelle sur les berbères. Dans les montagnes de l'Atlas, la chasse étaient une de grandes activités ainsi que le dressage des éléphants sauvages destinés aux combats.

Tanger romaine

Après la chute de Carthage, qui étaient le centre principal entre les mains des romains, Tanger reçut un sévère châtiment et fut dévasté par l'armée romaine. Les quatre siècles qui suivirent furent sombres et nous constatons un vide au sujet de cette période. Mais avec l'arrivée de l'empereur Auguste, en l'an 38av. J.C., Tanger prit le nom de Colonia Julia et ses habitants devinrent, de ce fait, citoyens romains à part entière. Tanger resta, sous cette empire, une ville libre jusqu'à l'arrivée de Claudio en l'an 42 après J.C. qui la transforma en métropole et en fit la capitale administrative et militaire de la Mauritanie Tingitane, qui dépendait de Hispania.

Pendant ces années là, Tanger connut l'apothéose de la civilisation romaine. Elle devint un des principaux ports de la Méditerranée. La présence romaine n'eut que très peu d'influence sur la vie quotidienne du peuple berbère qui resta impénétrable à la domination expansionniste, s'attacha à son patrimoine culturel et conserva un certain degré de civilisation propre, comme il est écrit sur les inscriptions latines. Au milieu du V siècle commença la décadence de l'empire Romaní, qui par conséquent, entraîna celle de la ville de Tingis.

Il faut mettre en évidence le génie dont les romains se sont toujours distingués quant à la maîtrise des planifications des routes et de l'urbanisme de tingis, en traçant deux lignes, une d'est en ouest et une autre du nord au sud avec deux portes, la rue des Syaghins et la porte du port (Bab Bhar). Le Petit Souk était le centre de Tingis. Au niveau commercial et industriel il n'y eut rien à retenir, car toutes les activités importantes avaient un lien avec la mer.

Tanger pendant la domination des vandales et des visigots

Avec l'arrivée du christianisme, l'empire romain fut touché par de nombreuses crises économiques. Au début du V siècle, les barbares et les vandales, qui étaient originaires des terres baltiques, envahirent Tingis et profitèrent de la faiblesse des romains pour s'en approprier. C'étaient des guerriers qui passaient leur temps à saccager les villes des côtes de la Mauritanie Tingitane. Mais ils furent vaincus et expulsés, un siècle plus tard, par les romains eux-mêmes. La reconquête fut de courte durée car elle coïncida avec le début de la fin de l'occupation. Tingis fit partie de l'empire byzantin et devint une ville chrétienne de la Méditerranée. A cause de cette situation, Tingis était pendant ce temps sous la domination des visigots. Après la construction de nombreuses fortifications en Afrique du nord, de sérieux conflits religieux commencèrent entre les chrétiens et les monophysites. Cette situation affaiblit et divisa le pays. Entre-temps, l'islam faisait son apparition.

Tanger sous la domination des arabes et l'arrivée de l'islam

La population de Tanger (Afrique du nord), se compose des Roumis, qui étaient des descendants d'anciens citoyens byzantins, des africs berbères avec des caractéristiques romaines et des berbères autochtones. Ils conservèrent malgré tout leur langue ancestrale.

En 683 les troupes du général arabe Okba Ben Nafi entrèrent dans Tanger pour envahir le Maroc. Au début du VIII siècle, sans aucune résistance, l'armée arabe de Moussa Ben Noussaïr arrive à Tanger dont la population était composée, à cette époque, par les Ghomares qui étaient de puissants berbères d'origines sanhaja. Peu après , en l'an 711 le lieutenant Tarik Ben Ziad, d'origine berbère, fut désigné par le gouverneur de la ville Moussa Ben Noussaïr. Il fit la conquête de la péninsule ibérique et donna son nom à l'actuelle Gibraltar(Jebal Tarik). De façon similaire ,Tarifa porte le nom du sous-lieutenant Tarik Ben Malek, qui par la suite donna le nom d'Ile Verte (Al Jasira Al khadraa) à l'actuelle Algésiras.

A partir de ce moment, Tanger fut gouvernée par de nombreuses autorités locales appartenant à la dynastie des Idrissides. Ces derniers fondèrent le premier état marocain. Pendant longtemps ils s'entretuèrent (entre frères) pour la prise de pouvoir jusqu'à l'arrivée des Almoravides à la fin du XIè siècle dont le remarquable leader était Youssef Ben Tachfine, qui mena ses conquêtes jusqu'en Algérie. Il se distingua pour ses prouesses et pour son sens de la justice. Il fut le premier grand gouverneur des terres marocaines. Par la suite, Tanger connaîtra deux conquêtes et se rendra sans offrir de résistance, l'une en 1148 des forces armées du calife Abd El Moumen, et la seconde en 1196 de Yacoub El Manssour.

Au XIIIè siècle l'ère mérénite commença. Tanger connut de nombreuses attaques par mer et par terre. Le nombre de morts et d'assassinats reflète la lutte féroce pour la gouverner.


Iben Batuta

Le 24 Février 1304 naquit à Tanger l'un des personnages les plus célèbres, Abou Abdellah Mohamed Ben Brahim El Louati El Tangi, plus connu sous le nom de Ibn Batouta. Voyageur, explorateur, sociologue, géographe et écrivain. Ses mémoires sont inscrites dans son oeuvre maîtresse intitulée "Rihla" (voyage). Le livre est rempli de références sociologiques au sujet des peuples qu'il visitait lors de ses voyages. Ibn Batouta était un membre honorifique de la cour de Abou Inane, à tel point que le monarque lui assigna une secrétaire pour recueillir les histories de ses voyages. Il fut contemporain de l'universel personnage qu'était Marco Polo. Malgré cela, sa notoriété ne fut à aucun moment éclipsée par ce dernier. En 1889, le sultan Moulay Hassan déclara la tombe de Ibn Batouta comme sanctuaire.


Iben Batuta

Tanger portugaise

Les portugais ne tardèrent pas longtemps à retourner vers le Maroc avec pour objectif, explorer ses richesses afin de s'en emparer. A cette époque là, le pays était sous la domination de la dynastie d'Ibn Wattas. Les portugais avaient signé un traité avec Ibn Wattas et l'avait pris en ottage avec sa famille et 5000 esclaves. Malgré cela, ils envahirent Asilah, Tanger, Essaouira (Mogador), El Jadida (Mazagan), Zemmour, Safi, Agadir et Ceuta. C'est ainsi que le Maroc fut colonisé par un Portugal séparatiste. En 1581, le Portugal passa sous la domination espagnole. Plus tard et pendant 60 ans, Tanger devient espagnole sous le règne Philippe II. En 1643, Tanger retourne entre les mains des portugais après leur indépendance. La population autochtone continua à lutter afin de récupérer la ville assiégée.

Tanger anglaise

Tanger resta sous la domination portugaise jusqu'au 23 juin 1961. La ville faisait parti de la dote, qui fut arrangée afin d'assurer son alliance avec l'Angleterre, de l'union entre l'Infante Catalina de Braganza, fille de la reine Mère Louisa de Braganza, avec le roi Charles II d'Angleterre.

L'arrivée des anglais à Tanger fut violente car ils expulsèrent les portugais de façon fulgurante. Ils saccagèrent la ville et détruisirent les édifices les plus emblématiques comme les lieus religieux. Avec leur arrivée, les anglais importèrent le thé vert qui deviendra la boisson nationale.

Leur vision ambitieuse et commerciale les poussa à développer le quai du port pour accueillir les embarcations de grands gabarit. Le 4 juin 1668 fut proclamé une chartre spéciale (the charter of Tangier) pour que Tanger puisse jouir de liberté de commerce, de religions et de races. L'administration tangéroise dépendait de ce fait de Londres.

L'Angleterre fut assez déçue lorsqu'elle vit que son objectif n'était pas atteint; celui d'en faire un joyau de la couronne britannique et qu'elle devienne une des ville les plus importantes. Cet échec était sans doute du à une désastreuse gestion économique et financière de la ville.

Après plusieurs attaques des moujahidines, qui étaient envoyés par le sultan Moulay Ismaël pour libérer Tanger. Les Anglais abandonnèrent la ville en détruisant le quai du port et plusieurs fortifications. Par la suite le pacha Ali Ben Abadia Er Rifi fut désigné par le sultan pour la reconstruction de la ville.

Tanger et son annexion au Maroc

La période de "Tanger bien gardée". Le Pacha Er. Rifi se consacra, comme ses prédécesseurs, à renforcer les murailles de la ville. Après sa mort, son fils Ahmed Ben Ali lui succéda en 1713 et profita des querelles pour la succession au trône du royaume du Maroc pour se proclamer prince indépendant de Tanger. Il ordonna la construction du palais de la Kasbah. Il trouva la mort en 1738, lors de la bataille que remportèrent les troupes alaouites.

Avec l'arrivée des alaouites et plus précisément sous le règne de Moulay Rachid en 1766, l'ordre revint dans le pays à base de répression. Les mosquées reprirent leurs fonctions et on expulsa tous les prétendants au trône.

En 1757 Mohamed Ben Abdellah fut acclamé, car il invita les anglais, les français et des juifs au commerce à Essaouira.

En 1832 l'ambassade française ouvre ses portes et parmi ses membres nous trouvons le peintre Eugène Delacroix.

En 1849, le général Garibaldi fuit avec ses troupes d'une Italie réactionnaire et s'installe à Tanger ou il écrivit ses mémoires et passa le reste de sa vie.

En 1851, pour contrôler la situation de Tanger, le Makhzen crée une nouvelle institution, le Mendoub, représentant le soultana à Tanger. Le siège politique et diplomatique était à Dar Nyaba, rue des Siyaghins. Cette administration était la principale base de contact avec les consulats étrangers. En 1856, un traité de libre commerce à Tanger fut signé, ce qui incita l'Angleterre à créer en 1857 un service postale. La France, l'Espagne et l'Allemagne en firent de même. C'est ainsi que Tanger put avoir une connexion avec Gibraltar, Ceuta et Algésiras. Grace à cet essor Tanger put ouvrir son port aux pélerins qui voyageaient à la Mecque. Le corps consulaire développa aussi le système sanitaire et la gestion de la ville. C'est en 1864 que le sultan Mohamed IV inaugura le phare du Cap Spartel, indispensable pour le trafic maritime sur le Detroit. Et en 1880 le corps consulaire ratifie la gestion de la ville en signant à Madrid un traité qui réaffirme l'importance de cette gestion.

Au début du XX siècle on voit apparaître sur la région de Tanger un personnage nommé Ahmed Raïssouni, connu pour son banditisme et pour l'enlèvement de nombreuses personnalités étrangères. Il fut arrêté et déporté à Essaouira, mais le Sultan Moulay Hafid le nomma gouverneur du Fahs et plus tard gouverneur de la région Jbala.

En 1906 fut déclarée zone franche internationale par la conférence que présidaient 30 nations à Algésiras et sous le contrôle de 4 pays, l'Espagne, l'Allemagne, la Grande Bretagne et la France. Cette conférence servit aussi pour proclamer que le royaume du Maroc restait sous protectorat français et que le nord du Maroc serait sous protectorat espagnol en 1912. En 1922, le gouvernement espagnole déclara que Raïssouni était un hors la loi. Ce dernier se cacha dans les montagnes du Rif à Tazrout.

En 1923 on signa le traité définitif qui faisait de Tanger une zone internationale. Se statut fut applaudi par de nombreux pays et constitua une expérience unique dans l'histoire de l'humanité. Cette période qui concerne Tanger, marquera et affectera profondément le développement vital, culturel et social de la ville. Ce traité fut respecté jusqu'en 1956, date à laquelle Tanger s'incorpora au royaume du Maroc. Cette année-là Tanger comptait 150.000 habitants d'origine étrangère, ce qui supposait un tiers de la population totale.

Le 9 avril 1947, le sultan Mohamed V fit un voyage à Tanger qui marqua la renaissance de la consciente nationale et anima la population à la résistance contre l'occupation étrangère.

En août 1953 le sultan Mohamed V et la famille furent déportés en Corse et puis à Madagascar, et le gouvernement français mit un autre personne sur le trône. C'est à cette période que vit le jour un nouveau parti politique qui revendiquait l'indépendance et une constitution et ceci à travers un mémorandum envoyé au sultan et aux autorités françaises. La France ne tarda pas à prendre des mesures de représailles contre les dirigeants du parti. Cette attitude encouragea la violence contre les résidents et les fonctionnaires français. En mars 1956 la France fut forcée de signer un accord qui rendait son indépendance au Maroc.

Tout de suite après, l'Espagne fit le même et Tanger, de ce fait, perdit son statut international. Finalement, le 18 avril 1960 Tanger fut annexée par le Maroc.

 

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